"Dans le vaste laboratoire de la génétique, l’être humain a perdu sa définition." (André Frossard)
Le débat actuel sur l’immigration soulève de nombreuses controverses, parmi lesquelles un débat sur les tests génétiques : c’est une idée lumineuse de notre gouvernement adoré, souhaitant mettre en place des tests ADN pour contrôler les candidats à l’immigration par le regroupement familial. La procédure permettrait de supprimer les fraudes en s’assurant de la filiation des membres de la famille.
Si cette proposition remet tout d’abord en cause la loi sur la bioéthique de 2004 qui condamne toute utilisation des tests ADN sinon à des fins médicales, elle soulève également la question des libertés fondamentales de l’homme. On collecte déjà l’ADN des violeurs et autres criminels pour faciliter les recherches en cas de récidive, comme on recueillerait leurs empreintes.
Mais la réquisition de tests d’ADN pour éviter les fraudes lors du regroupement familial implique également le fichage génétique des immigrés, même si le gouvernement clame que ce n’est pas le but de la manœuvre : ces données seront-elles réellement effacées après avoir joué leur rôle dans la politique de l’immigration ?
D’autre part, la vision française de la famille ne repose pas seulement sur la transmission du sang. En sont témoins les chiffres de l’adoptions en France, le deuxième pays au monde en nombre d’enfants étrangers adoptés : 4 500 enfants adoptés en France en 2003 dont 90% venant de l’étranger, plus de 10 000 demandes d’adoptions chaque année, etc. La dimension sentimentale de la famille est fondamentale pour les Français.
Et ce ne sont pas que des chiffres : la conception de la citoyenneté française se base sur un droit du sol, non pas du sang, et ce depuis la Révolution française qui, aux dernières nouvelles, reste le fondement de notre République si spéciale. Et l’argument consistant à dire que si les autres le font, pourquoi pas nous, est complètement ridicule (ce n’est pas parce que certains Etats des Etats-Unis ont conservé la peine de mort qu’il faut les imiter…).
Pour couronner le tout, ces tests seront payants et certainement à un prix que les immigrants ne peuvent pas se permettre, surtout au moment de leur installation en France. Le gouvernement semble vouloir revenir sur ce point en établissant un remboursement sur deux ans en cas d’établissement de la filiation : ou pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué…