"Les médias donnent à voir, pas à réfléchir, encore moins à comprendre. L’image ment lorsqu’elle isole." (Paul Lombard)
Aujourd’hui, on va parler d’une émission « d’intérêt général » comme on pourrait la nommer. Il s’agit d’Arrêt sur image, ou Asi pour les intimes, une émission passant autrefois sur France 5, présentée par Daniel Schneidermann et qui fut supprimée fin juin 2007 pour cause de baisse d’audience. Cet argument étant en général une excuse pour virer une émission qui dérange (et Asi a pas mal farfouillé là où ça ne la regardait pas…), cette décision a été rapidement suivie d’une pétition circulant sur le net pour soutenir l’émission. Rien n’y a fait : le créneau est définitivement remplacé sur les grilles de la rentrée 2007.
Encouragé par les milliers de voix venues le soutenir, Daniel Schneidermann décide donc de continuer son émission avec tous ses collaborateurs sur le net : dans une version plus courte mais aussi plus fréquente, les reportages auront encore et toujours pour mission de décrypter les volontés cachées des télévisions et autres médias qui nous entourent. L’accès à ce site sera payant, Daniel Scheidermann n’ayant pas voulu être dépendant des publicités pouvant le subventionner, à raison de 3 euros par mois ou 1 euro pour les étudiants, chômeurs ou précaires.
Alors pourquoi une émission « d’intérêt général » ? Tout individu évoluant dans le monde d’aujourd’hui est confronté aux médias, qu’il le veuille ou non : les médias, sous quelque forme que ce soit, sont partout présents et accessibles à tous (on pense aux gratuits qui sont distribués tous les matins à la sortie du métro). Si leur rôle premier est celui d’informer avant tout, les médias possèdent également un fort pouvoir d’orientation de la réflexion de celui qui reçoit le renseignement, notamment par leur partialité inhérente (il est impossible de traiter de toutes les nouvelles du monde en quelques minutes). « Celui qui contrôle les médias contrôle les esprits », disait avec justesse Jim Morrison.
Sans proposer un commentaire catastrophé de la situation de l’information dans notre pays, on peut quand même tenter de prendre du recul par rapport au donné brut des médias, qui n’en font généralement qu’à leur tête. C’est après tout ce qu’on nous demande de faire quand on étudie un article de presse en anglais, deviner ce que l’auteur a derrière la tête, alors pourquoi ne pas le faire spontanément ? Certes, ça demande plus d’efforts, mais ne faut-il pas ça pour garder un œil critique sur l’information de masse ?
C’est justement la mission que se donne Asi, et la mission qu’elle va continuer à accomplir sur la toile : décrypter les informations des différents journaux et télévisions. Trouver les angles d’approche choisis par le reporter et en proposer d’autres. Pointer du doigt les erreurs et les approximations des journalistes. Certains appelaient ça « l’émission sado-maso de la 5 » : il est vrai que les journalistes d’Asi vont parfois chercher la petite bête pour pas grand-chose mais ils sont généralement précis et justes dans leur critique des informations de masse. En tout cas, moi, c’est décidé, je m’abonne !