"Le sport amuse les masses, leur bouffe l’esprit et les abêtit." (Thomas Bernard)
Hier soir, lancement de la coupe du monde de rugby avec fracas : feu d’artifice tiré du parvis de la Défense, tour Eiffel illuminée en vert avec un ballon ovale en son milieu, présence de corps musclés de différentes nationalités dans toutes les colonnes des journaux. Et aujourd’hui, c’est Bernard Laporte, entraîneur du XV de France, qui demande à tous les Français de s’habiller en bleu pour soutenir l’équipe nationale : comme dit la pub, « tous derrière les bleus ».
Alors, le sport, fédérateur d’une cohésion nationale ? On en a déjà vu l’exemple avec la finale de la coupe du monde de foot en 98, cohésion symbolisée par les rassemblements multiples dans les grandes villes, et notamment sur les Champs Elysées, où l’on beuglait à qui mieux mieux « Et un ! Et deux ! Et trois ZE-RO ! » en faisant trempette dans les fontaines (en même temps, on était en juillet et il faisait chaud, alors c’étaient pas non plus des warriors…).
Et pourtant, la sauce ne semble plus prendre comme en 98. Ou peut-être mon souvenir merveilleux est-il embelli par mon jeune âge d’alors… Mais l’omniprésence du sport dans les médias et les publicités lors de grandes manifestations paraît aujourd’hui plus agacer certains qu’associer le pays autour de valeurs fédératrices : respect de l’autre dans le combat, solidarité envers la collectivité, non violence.
Qu’est-ce qui a donc changé en presque une décennie ? On pourrait évoquer la professionnalisation et la « starisation » grandissantes du sport, qui en deviennent lassantes et éloignent les sportifs du grand public, attendant plus de proximité avec ces représentants de la France sur la scène internationale. Alors pour que notre cher président invoque lui-même les valeurs d’un sport qu’il dit en privé ne pas supporter, il faut vraiment que la coupe du monde de rugby rapporte de l’argent…